J7 : Sancerre – Gien

Dans cette nuit du 7ème jour, la pluie frappe si fort sur la tente que je suis réveillé à 4 heures du matin. Je plie trempé mais il ne fait pas froid, et j’ai déjà hâte de retourner sur l’eau.

Il pleut toute la journée et je passe des moments hilarants avec ma cape à visiblement faire le spectacle pour les riverains en kway des villes que je traverse. « Mais vous allez où comme ca par ce temps! » me lance t’on? « Chez moi, à Nantes! » Ais-je plaisir à leur répondre…

La navigation est technique, due à quantités de rochers qui piègent ma route. A force d’en parler ça et la, je comprends que le niveau de l’eau est bas, même pour un mois d’août, ce qui transforme encore mon sport en une sorte de triathlon où je rame, porte, me met à genou, pour passer les zones minées par les roches malgré l’apport puissant de l’allier.

Le vrai « choc » de cette portion, c’est le passage de la centrale nucléaire de Belleville, première des trois installées à proximité du fleuve. Première fois que j’appréhende de cette façon l’impact d’une construction humaine de ce type sur l’environnement.

J’arrive d’un fleuve « d’Eden », symbole de vie, d’eau, de lumière, riche d’une faune et d’une flore exceptionnellement diversifiées et encore préservées. Quand j’aperçois les cheminées monstrueuses de la centrale de Belleville, j’ai la nausée.

Le fleuve est endigué. Un barrage infranchissable maintient les eaux pour assurer un refroidissement suffisant aux deux réacteurs à eau pressurisée de 1300 Méga watt. Les barbelés et les lignes à haute tension déchirent le paysage, transpercent la forêt. Un groupe d’oiseaux prend son envol face à moi, comme perdu dans dans la fumée que recrache un des deux monstres de béton. Construite dans les années 80, cette centrale marque le plein boom de l’indépendance énergétique française mais continue d’être montrée du doigt par l’autorité de sûreté nucléaire elle-même, pour son  » niveau insuffisant de prise en compte des enjeux environnementaux ».

Ma chance est de rencontrer, Jean-Marc un autre voyageur au long cours qui a démarré du Bec d’Allier, et rejoint Saint Nazaire. Quand je l’aperçois dans son canoe à ramer sous la pluie battante, je me dis qu’on va certainement bien s’entendre! Nous nous entraidons pour porter notre matériel autour de la centrale, et nous déjeunons ensemble bien plus loin, à échanger sur l’idée que la vie c’est 30000 jours, que les rêves sont faits pour être réalisés, à nous trouver « riches » de partager un bon café chaud entre voyageurs, peu importe la pluie, peu importe les affaires trempées.

Puis je reprends ma route, et file loin devant. Jean-Marc progresse à un rythme plus lent, et je souhaite rejoindre Gien qui est encore à 30km.

Une douleur apparue ce matin se renforce. C’est bien une infection au pied… J’appelle Doc Caro, qui m’a « sauvé » plus d’une fois. Apres échange de photos et descriptions, elle me faxe une ordonnance à la pharmacie de Gien la plus proche…. du fleuve! Super Caro!

Il me faudra sans doute faire un break, ce qui m’énerve au plus haut point. Ce soir j’ai clairement du mal à marcher et le pouce enfle à vue d’œil. C’est bien un panari… La cause? Très certainement mes chaussons neoprenes sous les chaleurs des premiers jours.

Je n’avais pas d’autre choix que de porter des protections dans les gravières, mais j’aurais dû opter pour des chaussures ouvertes. J’ai eu beau les retirer assez souvent, la peau s’est ramollie, a chauffé, et l’infection s’est infiltrée. Je suis en colère pour cette négligence.

Au même moment, mes 18 voisins néerlandais (une famille au grand complet!) à qui j’avais rendu un service lors de mon arrivée de ce soir au camping m’invitent à manger, et je profite d’une tablée conviviale ou l’on m’accueille et me propose de la pastèque fraîche, du poulet rôti, des pommes de terre sautées. Le bonheur!

53km effectués.

Pour voir le parcours : J7

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Il pleut? Et alors!
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Des blocs de granits parsèment ma route et m’imposent une vigilance de tous les instants
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Quand je débarque prendre un café, la serveuse prend peur
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J’aperçois Jean-Marc sous la pluie
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L’approche de la centrale est un déchirement.
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Un groupe d’oiseaux prend son envol, comme perdu dans les ravages de ces constructions
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Les deux immenses cheminées
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Nous passons sur la zone autorisée aux embarcations, qui n’est qu’un bras de rivière ensablé
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J’arrive d’un Fleuve d’Eden. Cette centrale me donne la nausée
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Je partage un bon repas avec Jean Marc. Qu’importe la pluie, notre partage est simple et essentiel
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« Mais où allez vous comme ça par ce temps !? »
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J’arrive sur Gien
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La journée s’achève, mais au passage du pont, je sais que l’infection est importante et m’obligera à faire une pause

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